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Histoire merveilleuse ou magicien virgile (1)

22 Octobre 2013

La legende Virgilienne
Elle est étrange cette « histoire légendaire de Virgile », relatée dans de nombreux ouvrages fort divers, mais qui tous reposent sur un même fait mythique.

John Webster Spargo (1) cite une collection importante de textes latins, français, allemands, anglais, italiens et espagnols, qui remonte au « Policratus » de John of Salisbury (vers 1159). Il est vraisemblable cependant que bien d’autres œuvres relatent quelques faits merveilleux du magicien-poète.

A examiner ces textes, dans leur ordre chronologique, nous voyons que la légende Virgilienne a évolué lentement. En passant d’un pays à l’autre, elle se colore aux sources de la mythologie des peuples. C’est vers la fin du 15e siècle qu’elle se cristallisera dans quelques versions manuscrites – vers ou prose – dont celle conservée à la Bibliothèque de l’Université de Munich, sous le titre: « Von Virgilio dem Zauberer » demeure particulièrement remarquable.

Une autre version : « Les faictz merveilleux de Virgille », anonyme comme celle de Munich, date du début du 16e siècle. Celle-ci, une des plus riches en anecdotes, paraît avoir servi de base aux premiers textes imprimés de la légende.

Cependant, c’est dans des versions anglaise et néerlandaise datant de la même époque, et qui probablement sont des traductions du texte français (2), que se dessinent le mieux les traits du magicien Virgile.

Les premières éditions imprimées des « Faictz merveilleuz de Virgille » ne sont pas datées. Nous connaissons celle de Jean Trepperel ou Tréperel et celle de Guillaume Nyverd. La première, in octavo, la seconde, in quarto. Il est vraisemblable que ces ouvrages furent édités à Paris dans le premier quart du 16e siècle.

La première édition néerlandaise parut à Anvers vers 1520, chez Willem Vorsterman, célèbre éditeur de livres de colportage. C’est à Anvers également, vers la même époque, que la version anglaise sortit des presses de Jan Van Doesberg.

Il semble ne plus subsister de l’édition princeps néerlandaise qu’un seul exemplaire, celui de la Bibliothèque du British Museum (n° 1073-H 44). De nombreuses éditions ultérieures font présumer du succès que connut ce livre populaire. Aujourd’hui cependant, il est très rare d’en découvrir l’un ou l’autre exemplaire. La collection de livres populaires de feu Emile Van Heurck, actuellement le fonds Van Heurck de la Bibliothèque Royale de Belgique, ne possède de cet ouvrage qu’un exemplaire de l’édition S. & W. Koene, parue à Amsterdam vers 1790 (3). Elle porte l’approbatur « Bruxelles, 6 juillet 1552 ». Encore que les coquilles et les omissions y soient nombreuses, cette version a conservé toute la fraîcheur et toute la naïveté du thème médiéval. On peut supposer que ce texte nous restitue assez fidèlement l’édition de 1552 à laquelle il fait allusion.

Mais dès le moyen âge déjà, la question se posait de savoir s’il y avait réellement identité entre le poète de l’Enéide et le magicien de la légende. Certains philologues, et non des moindres, se refusè-rent à croire à cette identité. N’y avait-il pas un monde entre un pauvre sorcier populaire et un initié aux arcanes suprêmes des mystères?

A la vérité, le magicien a reçu en partage tous les défauts et toutes les qualités spécifiquement populaires; sa réalité psychologique est pauvre: homme fruste et trivial, toujours malin, mais qui se laisse berner par de plus malins que lui. La leçon de la fable se lit aisément, elle est faite pour plaire aux simples par sa sagesse qui est bon sens et par son esprit qui est malice. Les faits miraculeux attribués au magicien relèvent le plus souvent de la sorcellerie pratique. Ici l’acte de magie ne prend pas son départ dans quelque intention d’ordre vraiment spirituel.

Il est évident que le personnage historique n’a qu’un rapport très lointain avec le héros de la légende. Qu’il y ait cependant identité entre eux, voilà qui nous semble un fait établi. Nous nous rallions ici à l’opinion du mémorialiste flamand Jacob Van Maerlant qui, dans son « Spieghel Historiael », inspiré du « Speculum Historiale » de Vincentius Bellovacensis (1245), affirme l’identité absolue du Poète et du Magicien.

Dans son étude, très documentée, consacrée à la tradition Virgilienne au moyen âge. Domenico Comparetti (4) a rassemblé tous les éléments qui permettent de reconnaître le poète Virgile dans le héros de la légende médiévale; il conclut nettement en faveur de l’identité.

Si l’on tient pour fondées les méthodes de la littérature comparée et si l’on accorde quelque valeur au fait que les légendes évoluent généralement suivant un processus semblable, l’on peut ne plus clouter de cette identité.

Ce n’est pas par hasard, que Dante, lors de sa descente en Enfer, choisit Virgile pour guide. Au VIe chant de l’Enéide, Virgile ne raconte-t-il pas la descente d’Enée aux enfers. D’autres héros mythologiques l’avaient cependant précédé dans cette voie et Dante aurait pu choisir un autre guide, mais la grande popularité de Virgile devait tout naturellement entraîner un tel choix.

Virgile, durant tout le moyen âge continuera à vivre littérairement à côté du nécromant. Le cycle classique de notre littérature médiévales’ inspire d’ailleurs nettement de la pensée du poète latin.

Les nombreux manuscrits et incunables qui nous parient du nécromant Virgile sont tous abondamment illustrés. L’iconographie Virgilienne est donc riche elle aussi; pourtant ce sont presque toujours les mêmes thèmes qui ont séduit les illustrateurs, et plus particulièrement ceux de « Virgile dans le panier » et de la « Bouche de la Vérité ».

Il faut situer ici les admirables dessins de Lucas de Leyde et le pilastre sculpté de la tombe de Philippe de Commines, qui demeurent les couvres d’art les plus caractéristiques inspirées par cette curieuse légende.

Citons encore un étrange disque lunaire, représentant la « Bouche de la Vérité », et appartenant à un musée lapidaire de Rome. La facture de ce document nous reporte aux âges les plus reculés de la magie. Certains d’ailleurs sont portés à croire que la fable de la « Bouche de la Vérité » trouverait son origine dans la plus haute antiquité. Sa tradition nous viendrait de l’extrême Orient.

Les quelques fragments empruntés à la vie merveilleuse du Nécromant Virgile que nous publions ci-dessous démontreront à suffisance, l’intérêt que présente la légende virgilienne pour l’étude du passage du fait poétique au fait magique, tel que le conçoit la tradition populaire.

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